Le V&A Museum de Bombay (Bau Daji Lad Museum).
Il est rare de visiter des musées à Bombay et, vues les conceptions muséographiques courantes en Inde, j’avais quelques craintes en allant visiter le V&A Museum, Victoria and Albert Museum nommé en référence à son aîné londonien.
Sis dans le quartier de Byculla, peu fréquenté des Occidentaux, le musée est enclos dans les jardins botaniques de la reine Victoria, Rani Bag, où se trouve également le zoo ; le lieu est plutôt agréable, ombragé et bien mis en scène, étonnant dans ce coeur populeux de Bombay. La demeure d’époque victorienne (1872) élève donc sa blancheur crémeuse dans le concert des klaxons et des croassements de nos amis ailés : la confrontation de deux mondes…
Et tout de suite, il faut que je vous parle de l’intérieur du bâtiment : absolument magnifique. Restauré récemment, le décor est très théâtralisé : un hall unique et immense, surmonté d’une balustrade ouvragée et de verrières laissant passer une lumière douce et d’un plafond grandiose, pour qu’éclatent encore plus les couleurs exhubérantes des parois. Entrelacs et aplats y font alterner les ors, les blancs, le rose foncé et le vert soutenu. Sublime comme un certain palais de maharaja à Mysore…
Le sujet de ce musée est extrêmement précis : la socio-ethnographie de Bombay et du Maharashtra. Au moins, c’est clair. Présentés dans des vitrines de bois vitrées délicieusement surranées, on y trouve donc bien séparés des poteries, des ouvrages de nacre et d’ivoire, de bois et de métaux, de la numismatique, de la sculpture et de la peinture. Tous ces éléments se trouvent réunis au rez-de-chaussée, ce qui permet de ne pas avoir pléthore de pièces mais plutôt une sélection assez intelligente permettant de montrer les différents types d’artefacts révélant le passé de la région.
Mais c’est à l’étage que les choses deviennent réellement passionnantes : une série de maquettes et de photos dévoilent le passé de Bombay, mettant en scène la réunion des sept îles par le remblaiement des bras de mer, et la création de cette ville étonnante. D’autres maquettes valent leur pesant de cacahuètes : l’une d’elle présente “La vie au village”, telle que cette réalité était perçue dans les années 1950-1960. Des cases désorganisées, sales, peu confortables, des chemins sans logique et difficilement praticables : la vie rurale traditionnelle non planifiée donc. Et juste à côté, on trouve “Le village idéal”, tel que les concepteurs de la série la voyaient, selon leurs idéaux : un quadrillage pensé, des points de lumière réguliers, une orchestration voire une planification toute socialiste du paysage rural. Historiographiquement exceptionnel.
Suivent d’autres maquettes, mettant en scène notamment des batailles célèbres de la région, ou bien les Tours du Silence parsies qui permet de comprendre la gestion des cadavres par cette communauté de Bombay. Mais c’est surtout à la série de figurines qu’il faut consacrer du temps : extrêmement intéressant d’un point de vue social, culturel, ethnologique et historique. On y voit en effet les tenues et coiffes des différentes ethnies, castes et sous-castes, catégories socio-professionnelles et communautés religieuses du Maharashtra. Ce qui distinguait les Parsis des Marathi, les marchands des porteurs d’eau, les femmes Koli des femmes des campagnes, par les vêtements traditionnels, les postures et les coiffures. Certaines choses n’ont d’ailleurs pas tant changé… Et cela permet également de comprendre ce que les concepteurs du musée (dont le docteur Bau Daji Lad, qui a consacré sa vie à mettre en valeur le fonds, et d’après lequel le musée a été renommé) voulaient donner à voir et à retenir de la société dans laquelle ils vivaient.
Un musée, un vrai de vrai.
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V & A Museum (Bau Daji Lad Museum). sur une carte plus grande
Mise à jour : 26/08/09.




