S’expatrier à Bombay : négocier le contrat
Si tu es un vieux routard de l’expatriation, tu vas rire, sourire et sans doute changer rapidement de page tant la naïveté de mes propos ne mérite pas que l’on s’y attarde ; et c’est pour cette raison même, jeune expatrié, que tu devrais lire jusqu’au bout : parce que souvent tes questions “naïves” recevront cette réponse-là des aînés, “pas le temps, confidentiel”, dans ta propre entreprise et à ton arrivée à Bombay…
Ce qui va distinguer spécifiquement les expatriés dans le sens financier et statutaire, c’est le fameux contrat d’expatriation qui suppose le détachement d’une entreprise basée en France vers sa filiale bombayite. Ceux qui arrivent donc ici sans contrat français (et ils sont nombreux : contrats locaux, étudiants, VIE, stagiaires…) sont donc rarement considérés comme de “vrais” expatriés alors même qu’ils vivent loin de leur patrie (je ne te fais pas une leçon de latin, mais tu vois ce que je veux dire…), qu’ils expérimentent les mêmes choses, les mêmes difficultés, sauf que leurs conditions de vie sont légèrement plus difficiles…
Les éléments qui entrent en jeu
Parmi les expatriés-expat’, et au sein d’une même entreprise, les conditions d’expatriation changent selon :
- le statut et la fonction de l’employé
- la capacité de négociation de l’employé
- le manager de l’employé et son influence au sein de l’entreprise
- le bon vouloir de l’équipe RH sur place
- la situation globale de l’entreprise
- la localisation des locaux (on obtient pas les mêmes avantages si l’on habite au sud ou au nord de Bombay)
- et l’entregent, bien sûr.
Ce qu’il va falloir négocier
Au moment de signer le contrat, il faut réfléchir aux conditions concrètes de départ, d’installation et de vie à Bombay et à leur prise en charge par l’entreprise qui envoie son employé à Bombay ; renseigne-toi et envisage d’évoquer :
- le salaire
- le taux de change appliqué à la partie du salaire obligatoirement versé en roupies, et sa fixation éventuelle
- les primes, notamment de risque (Bombay et l’Inde sont des lieux soumis à des dangers réels)
- le montant minimal du bonus annuel
- l’aller-retour annuel vers la France
- la prise en charge des frais de comptable pour la rédaction des fiches d’imposition
- une compensation pour le conjoint accompagnant ayant laissé son emploi
- l’aide à la réinsertion professionnelle du conjoint accompagnant
- la prise en charge du coût du passeport et des visas pour toutes les personnes concernées par l’expatriation
- la prise en charge du coût des vaccins éventuels pour toutes les personnes concernées par l’expatriation
- le déménagement, les frais d’installation et les frais d’un éventuel garde-meuble en France
- la participation de l’entreprise à la recherche d’un appartement, le paiement du brocker, de la caution (indispensable à Bombay)
- le loyer payé réellement par l’entreprise et la partie payée par l’employé
- la mise à disposition d’une voiture, le type de voiture
- une allocation pour un salaire de chauffeur (il est extrêmement rare, voire interdit par certaines entreprises, de conduire à Bombay)
- le paiement de tout ou partie de l’essence
- les frais de scolarité des enfants
- l’adhésion à un club privé.
Cette liste n’est pas exhaustive, tu es convié à la compléter si tu penses à d’autres éléments…
Cela te paraît énorme, voire inconvenant d’exiger tout ça ? N’oublie pas que tu pars dans une ville extrêmement fatigante et complexe, où l’on pourrait dire que rien ne marche mais tout fonctionne, où les situations de frustration sont légion et surtout, surtout, l’entreprise qui t’envoie ne te fait pas une fleur : elle a besoin de te placer là-bas, il n’y a pas de raison que tu en supportes plus que ça le coût.
Tous ces points peuvent être évoqués, négociés, mais il n’est pas dit qu’ils te seront accordés ; n’oublie pas une chose : s’installer et vivre à Bombay, si c’est une chose passionnante, n’a rien de l’arrivée dans des tropiques paradisiaques.
Pour obtenir des informations à propos de tout cela ? Tu n’obtiendras que très peu de choses, les bouches se fermeront, on te dira que cela dépend : en réalité, on noiera le pomfret (et ce n’est pas très gentil !).



Article très utile et très clair, et même pour un “vieil” expatrié….
@ Expatrié en Inde : merci beaucoup !!!