Catherine Clément, « Promenade avec les dieux de l’Inde »
Par Passage to Mumbai • 26 oct, 2009 • Catégorie: Culture et coutumes, Derniers articles, Livres sur l'Inde •
A l’occasion d’un premier voyage en Inde, j’avais décidé d’en apprendre un peu plus sur les religions du sous-continent. Je n’ai pas eu à farfouiller bien loin dans les livres puisque sur les tables des librairies m’attendait le petit livre de Catherine Clément, Promenade avec les dieux de l’Inde, adapté d’émissions diffusées sur France Culture en 2004.
J’avais besoin notamment de remettre un peu au clair certaines histoires fondamentales, genre le Mahabarata et le Ramayana, les deux fresques épiques fondatrices de l’imaginaire hindou, de redonner une place, un visage, un nombre au bouddhisme, au sikhisme et à l’Islam dans ce pays aux religions multiples. Si multiples d’ailleurs que rien que pour comprendre les diverses branches des églises chrétiennes (catholiques, protestantes et orthodoxes) du Kerala, il faut se lever tôt : nestoriens, syro-malancar et autres Eglises malabares…
La teneur du propos est annoncée dès la préface : l’auteur cherche à nous faire vivre ce qu’elle adore, les histoires de dieux et de déesses, leurs amours, leurs haines et leurs interactions avec les hommes. Tout cela me plaît fortement, j’ai toujours adhéré au principe de l’Illiade et de l’Odyssée, parce que l’on s’amuse bien quand même à la lecture des péripéties divines et humaines. Mais sous le terme de dieux, Catherine Clément regroupe le fait religieux sous tous ses visages, bouddhique, chrétien, musulman, juif. Et l’on s’étonne alors qu’elle se concentre presqu’essentiellement aux dieux de l’hindouisme.
Les vingt chapitres sont censés s’intéresser à un thème ou un dieu bien précis, Shiva ou Ganesh, les deux épopées majeures sont expliquées selon des thèmes transversaux. Il faut quand même dire à nouveau que l’essentiel du livre est consacré à l’hindouisme, qui certes a une place importante mais qui est sans doute aussi la plus documentée des religions de l’Inde, ce qui n’est pas le cas des parsis, des sikhs ou des jaïns et même des musulmans, soufis etc. Il manque donc un approfondissement réel.
Tout ceci pourrait encore aller sauf que… c’est un bazar étonnant. Franchement. Sous prétexte de mener sa barque comme elle l’entend, Catherine Clément propose une conversation à bâtons rompus qui ne suit pas vraiment de logique, elle parvient même à introduire une certaine confusion dans les choses en disant qu’elle en parlera plus tard sauf qu’il y a plusieurs versions des épopées et que l’on ne sait plus très bien finalement ce qui se passe, pourquoi et avec qui… Dernière chose et non des moindres, le style est horrible : comme si l’enregistrement avait été retranscris directement, sans relecture. Des récurrences de « bon ! » deci delà qui n’ont aucune logique dans le récit écrit, ou même oral d’ailleurs. Pédagogique ? Cela veut vulgariser, simplifier et cette intention est absolument louable mais la qualité littéraire est telle que la cible est manquée. Un titre a retenu en revanche mon attention : « Kâli : le vagin de la déesse et la tête de Robespierre ». J’adore.
Malheureusement, si l’on veut vraiment comprendre et cerner le fait religieux en Inde et les spécificités de chacune des religions présentes dans ce pays, il faut se référer plutôt à l’Encyclopédie des religions, tome II (dirigé par Frédéric Lenoir et Ysé Tardan-Masquelier, Paris, Bayard Editions, 2000), beaucoup plus approfondi, fouillé, évidemment plus long, plus dense et plus scientifique.
Et concernant les grandes épopées hindoues ? Et bien, avec les fresques sous les yeux, les sculptures de déesses aux seins et aux hanches rebondies, de dieux aux capacites gymniques inegalées, tout parait nettement plus simple…
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