Être une femme occidentale en Inde
[Lajo est venue seule en Inde, pour étudier tout d'abord puis pour travailler. Elle revient ici sur son expérience, en s'intéressant à un sujet bien précis : ce que signifie être une femme, une Occidentale, en Inde.]
Au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture des guides sur l’Inde, et encore plus lorsque l’on s’intéresse aussi à la littérature indienne contemporaine, on se rend compte que l’on n’aimerait pas particulièrement être à la place de la majorité des femmes indiennes. Tuées avant même d’être nées, privées de soins et d’éducation, mariées jeunes, parfois contre leur gré, leur situation est rarement enviable ! Certes, toutes les Indiennes ne subissent pas ce sort, mais être une femme en Inde reste encore et toujours une tâche ardue, à laquelle toute Occidentale vivant en Inde est un jour ou l’autre confrontée…
Il y a tout d’abord être une femme au quotidien. Pour se déplacer, aller faire les courses, régler les mille et une questions administratives liées à la vie sur place, bref toutes ces petites choses que nous faisons sans trop nous poser de questions dans nos contrées d’origine. Eh bien, en Inde, c’est là que les tracas commencent.
Prenez mon propriétaire par exemple. Il avait adopté une attitude paternaliste à mon égard ; pas méchamment bien sûr, mais il partait du principe qu’étant une femme, qui plus est étrangère, je ne comprenais rien à rien. D’ailleurs je ne savais même pas à quoi ressemblaient des termites ; je prenais une vulgaire trace sur le mur pour des termites, m’a-t-il assuré, pas de quoi s’affoler ! N’empêche que la trace qui grandissait un peu plus chaque jour, c’était louche ! J’ai tout d’abord adopté la méthode sympathique de locataire respectueuse. Peu convaincante apparemment puisque mon propriétaire n’a pas daigné se déplacer (il habitait pourtant sur le même palier). Alors je me suis énervée, je lui ai un peu crié dessus, et le miracle s’est produit ! Non seulement il est passé voir (et a conclu que c’était bien des termites) mais en plus, à partir de ce jour-là, il a discuté avec moi d’égal à égale ! Conseil donc : si voulez gérer vos affaires sans avoir besoin de demander l’aide de votre compagnon, n’hésitez surtout pas à vous faire respecter, au risque d’être un peu abrupte au début.
Il y a ensuite, bien sûr, être occidentale. Parce que c’est bien connu, en Inde en tout cas, toutes les Occidentales sont des femmes faciles, aux mœurs peu respectables et qui ne disent jamais non. Si si, je vous assure. Du coup, évidemment, il vaut mieux rester vigilante. A Bombay, on peut sans problème circuler seule, même de nuit et même dans les taxis jaunes et noirs et les rickshaws. Quand on prend les trains locaux, on profite du compartiment réservé aux femmes. Et quand on voyage dans des endroits inconnus, on respecte les règles de prudence de base (vêtements plutôt couvrants, rentrée à l’hôtel à des heures raisonnables, etc.). Et en général ça se passe plutôt bien. Il ne s’agit donc pas de devenir paranoïaque.
Et il arrive aussi parfois que l’on puisse profiter de ce statut d’Occidentale pour tirer certaines situations à notre avantage – comme le jour où j’ai demandé mon chemin à un policier pour rentrer à pied de Worli à Bandra car il n’y avait aucun taxi disponible pour cause de fête religieuse, et où le brave homme m’a fait remarquer que c’était vraiment loin et m’a hélé un taxi qui n’a donc pas pu refuser de me prendre… Mes amis indiens, qui ont l’habitude de prendre grand soin de leurs mère, sœurs et cousines, me ramènent chez moi après nos soirées ; et des inconnus dans le bus me cèdent souvent leur place (pourtant, Dieu sait combien une place assise est précieuse dans les transports en commun indiens !).
Enfin, il y a être une femme dans un contexte professionnel en Inde. En ce qui me concerne, je n’ai jamais eu l’impression de n’être pas prise au sérieux du fait de mon sexe ; c’est cependant arrivé à certaines de mes collègues. Les générations plus âgées restent un peu réticentes à l’idée que les femmes travaillent, et questionnent même parfois leurs capacités, mais c’est en train de changer et on peut espérer que de plus en plus de femmes accéderont à des postes à responsabilités en Inde. Il est d’ailleurs tout à fait fascinant de constater que le Président de la République et le chef du parti majoritaire sont des femmes, de même que le directeur général d’ICICI, l’une des grandes banques privées indiennes. Comme quoi…



Bonsoir Lajo, je comprends tres bien ce que tu ecris etant depuis juillet dernier dans le Bengale Occidentale. Je suis etudiante, 29ans, et vis avec mon mari enseignant. Au depart, les gens me prennaient aussi comme une fille facile ce qui etait genant. Je fais un master d histoire de l art avec difficultes,les autres etudiants sont gentils mais restent distants, certaines filles peuvent se montrer hostiles, fermees(Etat d esprit concurrentiel)et je dois les ignorer. L anglais est aussi un probleme car il est different de l anglais que j ai appris, un vocabulaire nouveau. Je viens des Beaux arts dont l enseignement etait different, moins traditionnel et de venir ici est tres interessant car c est completement autre chose. Je me suis fait peu d amis et espere qu avec le temps, les choses s arrangeront et que les gens m accepteront. Mon mari est enseignant dans ce campus et a 19ans de plus que moi. Le Bengale est un etat conservateur, plus traditionnel,ma relation avec lui est donc incroyable, etrange pour eux. Bref, j ai pas mal de travail a faire et m ”accroche”.Bien a toi.
@ Caroline : bonjour ! Je réponds pour Lajo…
Ton expérience montre aussi la difficulté pour une Occidentale d’avoir une manière de vivre différente tout en étant intégrée dans le pays. Les préjugés sont nombreux, des deux côtés bien sûr, et les contacts plus approfondis mettent du temps à se créer. Bon courage à toi !