Travailler à Bombay, la vie professionnelle en Inde
Travailler à Bombay n’est pas de tout repos, tant par les contraintes qu’impose la ville que par les codes spécifiques qui régissent les relations professionnelles en Inde. L’expérience donne ici quelques-unes des caractéristiques récurrentes, qui peuvent t’éviter à la fois l’incompréhension et l’énervement…
On croit en effet à certains égards se retrouver dans un contexte professionnel occidental, les collègues et managers parlent anglais, certains ont vécu et travaillé à l’étranger : mais à de nombreux égards, les choses ne se déroulent pas comme l’on pouvait s’y attendre. Tout va dépendre de l’ancienneté de l’entreprise, de sa composition, de son organisation, des études et de l’expérience des collègues.
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Les horaires
Du fait des contraintes liées au temps de transport, les horaires suivis par les Indiens dans la plupart des emplois de bureau sont plus lâches qu’en Europe ; il faut ainsi compter commencer vers 9h30-10h et finir vers 18h-19h dans la plupart des cas. Bien sûr, cela dépend de ta charge de travail, de ton indépendance au sein d’une équipe et du secteur dans lequel tu travailles.
La pause déjeuner intervient vers 13h-13h30 pendant une bonne demi-heure (sachant que la plupart des Indiens déjeunent d’un lunchbox au bureau). Cet article évoque les différentes possibilités pour le déjeuner.
Les embouteillages
Ils peuvent parfois être monstrueux à Bombay, et cela peut te prendre jusqu’à deux heures si tu habites dans le Nord pour aller travailler dans le Sud, et autant pour revenir le soir, selon tes horaires. De ce fait, tout l’enjeu en habitant Bombay est de trouver un appartement le plus proche possible de son lieu de travail.
Le train de banlieue, relativement fiable sauf en période de mousson, est une bonne option pour éviter les embouteillages ; moins bondés en Première classe et dans le wagon pour femmes, il permet de rallier beaucoup plus rapidement le Sud ou le Nord aux horaires de pointe.
Les codes vestimentaires
A nouveau, tout dépend de ton statut et des pratiques de ton entreprise.
Dans les bureaux, la moitié des Indiens portent une cravate mais rarement une veste (sauf pour les rendez-vous professionnels importants). La chemise doit être rentrée dans le pantalon (la version indienne, sortie du pantalon, n’est pas tolérée dans les bureaux), le pantalon long et sombre et les chaussures fermées (ce qui est rare dans d’autres contextes en Inde). Selon l’entreprise et les collègues (hindous, jaïns), il peut être attentionné de ta part d’éviter les objets en cuir (sac, mallette, ceinture…). Enfin, en cas de forte chaleur, il est très courant d’enlever la veste et la cravate.
Pour les femmes, voir plus bas.
Au bureau : codes professionnels
Le personnel
Le personnel de bureau, comme partout, est pléthorique : une des premières tâches sera donc de comprendre qui fait quoi, et qui ne voudra pas faire quoi.
Ainsi, les secrétaires sont chargées des aspects administratifs (coups de fil, prise de rendez-vous, réservations…) tandis que les offices boys se chargent de photocopier, scanner et faxer ; des coursiers sont chargés d’amener le courrier et les colis, ainsi que de les envoyer, tandis que les pantries s’occupent d’abreuver tout le monde en thé, café et eau. Enfin, les gardiens (security) s’occupent de noter et contrôler les aller et venues dans l’immeuble.
La lenteur administrative
Du fait de ce personnel pléthorique, la moindre décision peut prendre un temps incroyable et notamment pour des éléments « secondaires » tels que les fournitures, les réservations d’hôtels ou de billets d’avions lors de voyages professionnels etc. Dans ces cas-là, il ne faut surtout pas hésiter à rappeler, faire confirmer que tout a bien été fait, une fois, deux fois ou trois fois si nécessaire…
Collègues et hiérarchie
Le respect de la hiérarchie n’est pas une légende : contraignante au possible, elle prend pied sur une répartition des rôles bien souvent opaque. Un collègue plus âgé sera d’autant plus respecté.
Entre collègues de même statut, les relations sont souvent très informelles, alors que la relation avec le manager est empreinte de soumission. De ce fait, il faut bien avoir à l’esprit qu’en Inde, le manager décide sans avoir pour autant touché un crayon et que ses subordonnés agissent dans le cadre de ce qu’il leur est imparti : hors de ce cadre, les initiatives et les prises de risques sont rares.
De plus, cacher des informations ou mentir n’a pas la même valeur qu’en Occident, et tu verras parfois des collègues noyer le poisson ou mentir à un collègue ou à un manager, plutôt que de dire clairement qu’ils ne savent pas ou n’ont pas fait telle chose. Il s’agit avant tout de ne pas perdre la face… A toi de voir si tu appliques la même règle ou non.
La conduite des dossiers et la prise de décision
En un certain nombre de matière, tu t’apercevras que la vision pratiquée dans le monde professionnel indien est plutôt à court terme ; tu auras ainsi du mal à faire valoir un point de vue à long terme, qui vise par exemple à payer plus cher aujourd’hui pour économiser sur la durée. C’est une vision des choses qui n’existe pas, ou très rarement, en Inde. De même, bien souvent, la conception des choses est cyclique et dépend du karma (notion proche de celle de destin) : peu d’Indiens se précipiteront donc en matière professionnelle, et ne verront pas d’un bon oeil d’être pressés.
Bien souvent, il faut envisager le fait que les choses avanceront réellement quand la hiérarchie insistera enfin sur le règlement des dossiers. La prise de décision est en effet l’apanage de quelques managers, parfois jaloux de leurs prérogatives, et ne vient qu’au bout d’un très long processus, que l’Occidental verra comme lent, du fait des intérêts de chacun, des obstacles administratifs qu’il faudra assouplir et du processus de négociation spécifique à l’Inde.
Les clients : codes professionnels
La carte de visite
Une chose importante en Inde, et en Asie de manière général : toujours avoir des cartes de visite sur soi. Et donner et recevoir une carte de visite implique tout un protocole : on donne des deux mains sa carte tournée vers l’interlocuteur, dont on reçoit la sienne également des deux mains.
Voici quelques conseils pour faire ta carte de visite à Bombay, ce qu’il faut y indiquer notamment : lire cet article.
Les relations avec les clients
Pour prendre un rendez-vous avec un client, cela peut s’avérer complexe et long : les gens ont tendance à ne pas dire « non » mais à reporter indéfiniment une entrevue. Dans ce cas-là, les emails ne font rien et il faut prendre son téléphone pour solliciter, re-solliciter et enfin obtenir un entretien… Avant de proposer une date, vérifie de ton côté qu’il n’y ait pas que ce jour-là ne soit pas férié, car les jours fériés sont nombreux, différents dans chaque Etat mais aussi dans chaque entreprise.
Enfin, il est extrêmement courant que les rendez-vous pris plusieurs semaines à l’avance, ou bien quelques jours plus tôt, soient reportés ou même annulés sans nouvelle date ; et bien souvent, l’annulation est annoncée quelques heures avant le rendez-vous. De ce fait, rappeler la personne la veille et le jour même pour confirmer le rendez-vous n’est pas superflu.
Lors des réunions, tu constateras que le but est plus d’examiner des problèmes et affermir les relations que de réellement prendre des décisions ; il faut alors se montrer flexible comme le sont les Indiens, et chercher le compromis. Enfin, tes interlocuteurs auront sans doute du retard, pour autant mieux vaut ne pas adopter cette habitude !
Personnaliser les contacts
Le rapport personnel est extrêmement important en Inde, et peut même être conçu comme le fondement des échanges professionnels : pour les Indiens, une grande partie de la réussite se construit sur les contacts que l’on a. La communication est donc très importante : il faut personnaliser les échanges en posant des questions à son interlocuteur sur des éléments personnels, sa région d’origine ou sa famille par exemple ; en retour, il est toujours apprécié d’évoquer sa propre situation personnelle. Enfin, dans le même esprit, il faut rappeler les gens très régulièrement, pour prendre des nouvelles et maintenir le contact : les rapports professionnels en sont alors facilités.
L’omniprésente corruption
La corruption n’est pas une légende urbaine de l’Inde : mais elle est à la fois beaucoup plus présente et beaucoup moins visible qu’on ne le croit. Ce n’est pas vraiment une valise pleine de billets qui passe d’une main à l’autre, mais plutôt des retours de service, des appuis, des invitations, des cadeaux et bien sûr des enveloppes. Tout reposant en Inde sur les relations personnelles et les contacts, la corruption est une manière soit de récompenser un service rendu, soit de lever d’éventuels obstacles. Tu y seras sans doute confronté dans ton travail, mais aussi dans tes démarches administratives ou même pour obtenir un billet de train : garde les yeux ouvertes, c’est un trait culturel du pays et il est bon d’en être conscient…
Les Indiens eux-mêmes en parlent, de manière plus ou moins détendue, et en cela comme en beaucoup de choses règne un fatalisme absolu : il faut s’y faire, c’est comme ça. Attends-toi donc à affronter des situations que tu trouveras “limites”…
Communiquer en Inde : oral et écrit
La communication orale
L’anglais d’Inde est très littéraire, confinant parfois au verbeux et utilisant force formules ampoulées à l’écrit et à l’oral. Les différents accents impliquant parfois des incompréhensions, il ne faut pas hésiter à demander de répéter. Enfin, si le locuteur aime que l’on reconnaissance son éloquence, de ton côté sois bref et direct, car l’auditoire indien n’est souvent pas très patient : certains conseillent tout de même de ne pas faire l’impasse sur ses études et son expériencefeedbacks sont si nombreux, de ne pas hésiter à les solliciter en fin d’intervention… en se présentant, pour instaurer un climat de confiance, et dans un pays où les
La communication orale peut parfois s’avérer frustrante : en effet, il n’est pas rare d’être interrompu à tout bout de champ, et de prendre conscience qu’il y a peu d’écoute de la part de tes interlocuteurs, à savoir que ceux-ci ont une idée en tête et que malgré tous tes arguments, ta logique et tes démonstrations, ils ne démordent pas de leur position. Mais il faut savoir que l’accord oral est extrêmement important et peut être considéré comme un élément solide dans une négociation.
Dire “non”
Voici un mot que tu entendras peu : de manière générale, les Indiens ne veulent pas décevoir leur interlocuteur et, de ce fait, préfèrent utiliser une réponse évasive. Il faut alors décoder les atermoiements comme un refus ou un “non” et les accepter, l’étape suivante étant sinon de s’entendre dire exactement ce que l’on voulait entendre sans que cela soit suivi d’effets !
De ton côté, mieux vaut éviter d’être conflictuel, autoritaire et de mettre en cause un collègue ou un interlocuteur devant d’autres personnes.
La communication écrite
Les rapports et emails rédigés en Inde sont souvent truffés d’expressions et de sigles typiques de l’anglo-indien ou du hinglish. De ce fait, si la lecture des journaux est parfois ardue, certains rapports ou dossiers peuvent réellement devenir sibyllins même si (et surtout si ?) tu es bilingue en anglais !
Dans ces cas-là, il peut être utile de recourir à une liste des sigles les plus souvent utilisés (voir ICI) ou bien te les faire expliciter par l’auteur, mais cela peut susciter à la longue de l’agacement.
En revanche, si les rapports et dossiers sont destinés à être lus hors d’Inde, il ne faut pas hésiter à faire comprendre à l’auteur que l’utilisation de sigles compréhensibles par des Indiens seulement dessert la clarté et donc le fond du dossier.
Le travail au féminin
Se vêtir
Les femmes recourent aux mêmes codes vestimentaires qu’en Occident : un chemisier et un pantalon long, parfois selon l’entreprise (plus petite, plus familiale) on tolèrera le salwar-kameez (tunique et pantalon large accompagnés d’une étole). Côté chaussures, les sandales sont mieux acceptée pour les femmes. En revanche, le sari est très rarement porté dans un contexte professionnel.
La “bienséance” à l’indienne
Enfin, dans le contexte professionnel, une femme peut parfois être sujette à des réactions de méfiance, de mépris ou de parfaite misogynie : les collègues indiens leur coupent la parole, n’écoutent pas leurs suggestions ou se démènent pour ne pas avoir recours à elle. Dans ce cas-là, il n’y a malheureusement rien d’autre à faire que de s’imposer et savoir gagner la confiance des managers…
Si tu prends des rendez-vous avec des clients ou partenaires masculin, il vaut mieux être attentive au lieu choisi : une chambre d’hôtel pourra prêter à des ragots, même dans le monde professionnel, un bureau, un café, un hall d’hôtel de luxe ou un restaurant sont donc nettement préférables.
Les critères de politesse qui ont cours en Inde, et notamment vis-à-vis des femmes, sont différents de ceux de l’Occident, notamment si la personne avec laquelle tu traites n’a pas vécu à l’étranger : un homme serre très rarement la main à une femme, non plus qu’il ne lui tient la porte ou l’aide à porter quelque chose ; en revanche, il est possible que ton interlocuteur chercher par tous les moyens à payer la note. De plus, dans certaines situations, un homme préfèrera s’adresser à ton collègue masculin. Le plus simple dans ces cas-là est de ne pas s’offusquer et de prendre les choses avec le sourire.


